mercredi 23 mars 2016

Le petit guide anti-terroriste

J'aime beaucoup cette photo.



Elle a été prise peu avant mon départ d'Angleterre en 2012. Ce sont mes deux amis et anciens collègues, Lexi et Sara. Je suis chrétienne protestante, Sara est musulmane, et Lexi est athée et, incidemment, transexuelle. Nous sommes amis.

J'aime cette photo non seulement parce que Lexi et Sara sont mes amis, mais aussi pour ce qu'elle représente : la possibilité d'être amis au-delà de nos différences, même si nous ne sommes pas d'accord sur tout.

Après les attentats de Paris, après les attentats de Bruxelles, il est plus urgent que jamais d'être unis pour combattre le terrorisme. Alors aujourd'hui, je vous présente le petit guide anti-terroriste.

Les terroristes emploient la violence pour arriver à leurs fins. Ils veulent, évidemment, nous terrifier et nous persuader que ne nous pouvons plus vivre en sécurité. Or, si de tels attentats nous choquent à l'extrême, il est bien moins probable de mourir dans un attentat terroriste que de mourir d'autres causes telles qu'un accident de voiture ou une maladie. La violence de tels actes nous choque à juste titre, mais ici, en Occident, ils restent une cause minime de décès.

Les terroristes cherchent également à nous diviser, comme je l'ai mentionné hier, et plus spécifiquement, ils veulent nous pousser à rejeter en bloc les Musulmans. De cette façon, ils espèrent que de plus en plus d'entre eux se radicalisent à leur tour. Bien sûr, je ne cherche en aucun cas d'excuses au terrorisme islamiste. Toutefois, je m'interroge. Si tout au long de ma vie en Europe, j'avais été traité de "sale Arabe", si, à cause de mon ethnie perçue et/ou de ma religion, on m'avais refusé des emplois ou un bail, si je me sentais méprisé et dénigré, puis qu'un jour quelqu'un arrivait en me disant : "Mon frère (ou ma soeur), tu auras de la valeur à nos yeux. Tu seras respecté. Tu seras un héro! Rejoins-nous, et tu feras de grandes choses pour Dieu"... qu'aurais-je fait? Je pourrais être animé par un désir de vengeance, de faire payer aux autres le mépris et l'injustice. Bien sûr, toutes les personnes victimes de racisme et d'injustice ne deviennent pas terroristes (heureusement pour nous!), mais je suis convaincue qu'on ne se fait pas exploser si on est en paix avec soi-même et avec le monde. On ne deviens pas terroriste par hasard...

Donc, par définition, les terroristes cherchent à nous terroriser, d'une part, et d'autre part, à nous diviser. Si nous vivons dans la crainte, ils auront gagné. Et si nous stigmatisons et rejetons nos voisins musulmans, là encore, les terroristes auront gagné.

Comment les combattre? Comment résister?

1. Résistons à la peur. Ne les laissons pas gâcher nos vies. Continuons à vivre et à aimer. Continuons à aller à Bruxelles, à Paris, à Londres. Nous mourrons tous, mais il est peu probable que ce soit dans un attentat... alors ne laissons pas les terroristes nous empêcher de vivre libres.

2. Résistons à la haine. Tendons la main à l'autre, à celui qui est différent. Accueillons tous le monde sans préjugés : musulman ou non, Belge ou immigré, réfugié, issu d'une culture semblable à la notre ou très différente.

3. Tissons des liens. Vous avez des amis musulmans, ou étrangers ? Super! Passez du temps avec eux. Approfondissez votre amitié. Interrogez-les sur leur culture, leurs goûts, leurs passions, leurs valeurs. Vous n'en avez pas ? C'est pas grave. Ils sont sans doute vos collègues, vos voisins. Dites-leur bonjour. Invitez-les à prendre un café. Faites connaissance. Découvrez qui ils sont. Partagez un repas ou une toile.

4. Informons-nous. Ne nous contentons pas de ce que disent les médias et les réseaux sociaux. Vérifions les informations. Lisons des vrais livres pour approfondir les sujets qui nous inquiètent. Parlons à des gens qui connaissent le sujet. Vous vous posez, par exemple, des question sur les demandeurs d'asile? Coucou, je suis là! Je travaille avec eux, je les côtoye tous les jours. Que voulez-vous savoir?

5. Célébrons nos différences (tant qu'elles respectent, bien sûr, les valeurs démocratiques et les Droits de l'Homme). Elles sont un enrichissement, une découverte, un voyage.

Voilà mon petit guide idéaliste anti-terroriste...


mardi 22 mars 2016

Je Suis Humain

Ce matin, je prenais mon petit déjeûner lorsque j'ai entendu la nouvelle au sujet des attentats de Bruxelles.

J'ai ressenti un immense chagrin. Mon coeur est avec les victimes et leurs familles. Ce doit être atroce de vivre une telle souffrance et une telle terreur. 

Toutefois, je n'oublie pas non plus que cette souffrance, cette terreur, est le quotidien de millions d'être humains, en Syrie, au Yémen, et partout dans le monde où il y a des conflits. Je suis remplie de chagrin pour ceux-là aussi, qui souffrent chaque jour.

Mon chagrin a une autre cause. J'ai peur pour mes frères et soeurs Musulmans. Je n'ai pas peur d'eux, j'ai peur pour eux. Ils sont de plus en plus stigmatisés et harcelés, alors que la vaste majorité d'entre eux n'ont aucune haine envers leur prochain et aucun désir de violence. Je crains pour leur bien-être et leur sécurité, comme je l'avais déjà craint après les attentats de Charlie Hebdo et ceux de Paris en novembre dernier. S'ils ne rencontrent que crainte, hostilité, haine et insultes, comment peuvent-ils vivrent en paix parmi nous? Or, c'est exactement le but de Daesh

"Les attentats de Paris pourraient provoquer de nouvelles vagues d'islamophobie en France et au-delà, ainsi que de la crainte envers les réfugiés venus de Syrie et d'autres pays. C'est exactement ce que veut Daesh : le groupe a juré de rendre impossible aux Musulmans une existence paisible en Occident." Daesh veut forcer les Musulmans à choisir un camp dans cette nouvelle guerre mondiale qu'il espère déclencher. Daesh veut que les Musulmans se sentent rejetés et harcelés afin qu'ils n'aient qu'une seule option : le radicalisme. Le but des terroristes est de nous effrayer et de nous diviser, de cultiver la haine. 

Si nous rejetons les Musulmans et les réfugiés, si nous nous laissons gagner par la terreur et la haine, Daesh aura gagné. Et moi, je refuse de les laisser gagner.

Je refuse d'être terrorisée. Je refuse d'avoir peur de vivre. Je refuse d'avoir peur d'aimer et d'accueillir mon prochain. Je refuse d'avoir peur de l'autre, de l'étranger, de celui qui est différent. Je refuse d'avoir peur du Musulman, du réfugié. Je refuse de laisser la terreur nous diviser. Je refuse la haine, je refuse le rejet, je refuse l'hostilité.

Je veux choisir l'amour, l'hospitalité, la solidarité, la compassion, la patience, le pardon. 

Je ne suis pas Bruxelles... je ne suis pas que Bruxelles. Je suis la soeur de tous ceux qui souffrent. Je ne veux pas les laisser nous diviser, car au-delà de nos différences, nous sommes un seul peuple : le peuple de la terre. Nous somme une seule race : la race humaine. Nous avons tous un père et une mère. Nous pleurons tous les mêmes larmes et nous saignons tous le même sang. Nous sommes tous humains.

Je suis humain. 



Mon espoir et ma prière est que ces terribles évènements nous unissent au lieu de nous séparer.

" L'obscurité ne peut pas chasser l'obscurité; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine; seul l'amour le peut." - Martin Luther King

vendredi 13 novembre 2015

Toute la misère du monde...

Encore un article qui n'a rien à voir avec le syndrome d'Asperger - à moins peut-être que le fait de faire partie d'une minorité et d'être "différente" m'aide à éprouver de la compassion pour l'étranger, le "différent", et celui qu'on rejette.

Une platitude trop entendue quand je parle de mon travail dans un centre d'Accueil des Demandeurs d'Asile (ADA) et qui m'horripile :
 
"On ne peut pas accueillir toute la misère du monde!".

On ne nous demande pas d'accueillir toute la misère du monde. En Belgique, les dernières statistiques recensent environ 27.000 demandeurs d'asile en 2015 (moins que les plus de 40.000 de 2010). D'ici la fin de l'année, ils seront peut-être 35.000. Si "toute la misère du monde" venait se réfugier chez nous, ils seraient des millions, voire des milliards.

Ce qui m'amène à mon second point. Crise ou pas crise, nous faisons partie d'une minorité "privilégiée". Nous n'avons probablement pas à nous interroger sur l'origine de notre prochain repas, ou sur l'endroit où nous allons dormir. Nous n'avons à craindre ni les bombardements, ni la décapitation, ni les persécutions à cause de nos idées, de notre foi ou de notre style de vie. Nous jouissons d'une immense liberté et nous avons plus que le nécessaire. De plus, la seule raison pour laquelle nous profitons de ces privilèges est que nous sommes nés au bon endroit. Nous n'avons rien fait pour les mériter. Alors de quel droit rejetons-nous ceux qui ont moins de chance?

Les demandeurs d'asile qui arrivent pour l'instant en Belgique ne resteront pas tous. Certain, quand ils se rendent compte des conditions dans lesquelles ils vont devoir vivre pour une durée indéterminée (allez visiter un "Campo", pour voir), décident de rentrer chez eux. D'autres verront leur demande d'asile refusée - les critères sont stricts et la procédure compliquée. D'autres encore n'obtiendront qu'une protection subsidiaire limitée dans le temps : si après un certain temps la situation dans leur pays s'est améliorée, il leur sera demandé de quitter la Belgique. 

D'autres enfin resteront. Ils seront des travailleurs et des consommateurs qui feront tourner l'économie. Ils apporteront leur savoir-faire (nous comptons beaucoup d'ingénieurs dans le centre où je travaille). Il seront nos voisins, nos médecins, nos épiciers. Nos amis, j'espère ; mais cela dépend de l'accueil que nous leur réservons. Si nous faisons preuve de méfiance et d'hostilité à leur égard, quelle est leur chance d'insertion dans notre société?

Il est facile aussi d'oublier le passé. Pendant la deuxième guerre mondiale, de nombreux Belges ont fui par peur des Allemands. Ma grand-mère est elle aussi partie sur les routes de l'exode. Elle m'a raconté que dans certains villages français, on voyait des panneaux disant : "Pas d'eau pour les Belges". Nous avons la mémoire courte, n'est-ce pas?

Enfin, que faut-il faire si nous ne les accueillons pas? Les laisser crever à notre porte? Ce sont des êtres humains. Ils sont tous le fils ou la fille de quelqu'un. Ce sont des pères, des mères, des frères, des soeurs. Laisseriez-vous votre mère, votre frère, mourir à votre porte parce que vous craignez n'avoir pas assez de place pour eux?

Si vous avez de meilleures solutions que l'accueil, une alternative humaine et compatissante, nous vous écoutons. 



mercredi 10 juin 2015

La petite casserole d'Anatole

Je voudrais partager avec vous une très belle métaphore de l'autisme que j'ai récemment découverte. C'est un livre qui s'appelle "La petite casserole d'Anatole".




C'est une façon simple d'expliquer ce que vivent les personnes autistes (y compris les personnes atteintes du syndrome d'Asperger). 

Une phrase qui me semble très importante, c'est celle-ci:

"Peu de gens réalisent qu'Anatole doit faire deux fois plus d'efforts que les autres pour y arriver." C'est tout simplement vrai.

Avec un bémol: vivre avec sa petite casserole, ce n'est pas aussi simple que trouver une petite sacoche pour l'y mettre...

mardi 26 mai 2015

Problèmes d'interactions sociales?

Comme je l'ai indiqué dans cet article, les personnes atteintes d'autisme (dont le syndrome d'Asperger fait partie) ont des difficultés dans leurs interactions sociales. Nous commettons souvent des impairs parce que nous ne sommes pas conscients de certaines règles sociales tacites, ou que nous ne nous rendons pas compte de la manière dont notre comportement affecte les autres.

Cependant, je suis consciente de mes difficultés, et je fais donc extrêmement attention. En fait, je passe mes journées à réfléchir à tout ce que je fais ou dis, par crainte de blesser ou de fâcher quelqu'un. Je surveille mes actions et mes gestes constamment. Les personnes neurotypiques (c'est-à-dire les gens qui ne sont pas autistes) n'ont pas toujours conscience de l'effort constant qu'une personne comme moi, autiste soi-disant "de haut niveau", doivent fournir pour être socialement acceptable. Mais ce qui est pire encore, c'est de faire tous ces efforts, puis de voir les gens dits "normaux" se comporter sans aucun égard pour autrui et sans aucun souci des conventions sociales les plus élémentaires telles que la politesse! On m'a appris très jeune qu'il faut dire bonjour, au revoir, s'il vous plaît et merci; et aussi qu'on ne tutoye pas les personnes avec qui on n'a pas une relation proche ou tout au moins amicale.

Aussi, quelle n'est pas ma frustration lorsque les clients du supermarché où je travaille m'adressent la parole sans dire bonjour ni s'il vous plaît, et s'arrogent le droit de me tutoyer, voire de me dire des grossièretés (souvent sous le prétexte de l'humour... si l'humour est aux dépends de quelqu'un, je suis désolée mais ce n'est pas drôle)! Et c'est moi qui ai des problèmes d'interactions sociales?

Aujourd'hui encore, une dame s'approche de moi d'un air décidé. Je pense qu'elle a besoin d'un renseignement, et je lui dit: "Bonjour madame" avec le sourire (important, le sourire, paraît-il!).

Elle me répond d'un ton brusque, en ces termes: "Dis, c'est quoi le prix de ces bouteilles, là?"

C'est là que ma petite voix sarcastique intérieure se met en marche:

Coupez! Bon madame, on va la refaire, mais cette fois, vous emploierez les mots "bonjour" et "s'il vous plaît", et vous me parlerez autrement qu'à un chien... Attention: demande de renseignement au supermarché, prise deux: Silence, on tourne!

Mais où ai-je la tête? Je suis autiste; je ne suis pas censée employer de sarcasmes...



vendredi 24 avril 2015

"Salut-tu-vas-bien"

J'ai déjà mentionné les difficultés dans les relations sociales. Aujourd'hui, je voudrais aborder ces difficultés sociales et comment elles peuvent être pénibles pour une personne atteinte du syndrome d'Asperger.

Tout d'abord, il peut être difficile pour nous de nous souvenir d'un visage dans sa globalité. Un détail retiendra sans doute plus notre attention. Nous aurons donc plus de mal à reconnaître cette personne de loin, et si, par exemple, elle change radicalement de coupe de cheveux, il se peut que nous ne la reconnaissions pas du tout.

De plus, nous associons les gens au contexte dans lequel nous les connaissons. Si nous les rencontrons hors de ce contexte, il peut nous arriver de ne pas les reconnaître. Un jour, j'étais dans le supermarché où je travaille, occupée à mettre des produits en rayon. Un jeune homme s'approche de moi; il a l'air de vouloir me poser une question. Je sors donc mon plus beau sourire commercial, tout en commençant à me dire que son visage me rappelle quelqu'un. Alors que je m'apprête à dire, "Bonjour, puis-je vous aider?", il me devance et me fait, "Salut", d'une voix et d'un ton que je reconnais alors enfin.

Je n'avais pas reconnu mon frère. Parce que je ne l'avais jamais vu dans mon magasin. Hors contexte, mon cerveau a été incapable de reconnaître le visage d'un proche qui est dans ma vie depuis 26 ans.

Ensuite, il y a les conventions sociales. En France et en Belgique, il est considéré comme normal de faire la bise pour saluer les gens, même s'ils ne sont que de vagues connaissances, même parfois si on les rencontre pour la première fois mais qu'ils sont avec des connaissances communes.

Pour moi, c'est extrêmement pénible. Je n'aime pas qu'on me touche, sauf s'il s'agit de quelqu'un en qui j'ai confiance. Serrer la main ne me dérange pas du tout, mais mon visage est une partie de mon corps que je ressens comme plus vulnérable. Me sentir socialement obligée de "l'offrir" à des personnes qui ne sont pas des proches m'est très difficile. Le problème, c'est que dans ma région, ne pas faire la bise, c'est considéré comme aussi impoli que ne pas dire bonjour. Comme je ne veux pas être impolie, je n'ai pas le choix. J'utilise parfois l'excuse: "J'ai une vilaine grippe, je ne voudrais pas te la refiler"...mais on ne peut pas faire ça à chaque fois! 

Enfin, il y a la conversation, ce que les anglais appellent "small talk". Parler pour ne rien dire. Pourquoi les neurotypiques (les non-autistes) éprouvent-ils le besoin de meubler le silence par des banalités?

"Salut-ça-va-et-toi-bisou-smack-smack-et-le-boulot-ça-va-tant-mieux-alors". Il n'y a rien que je déteste tant que de parler de mon travail. Mon travail est ennuyeux. J'aimais en parler lorsque je travaillais avec des enfants handicapés, mais parler de supermarché ou de bureau... J'aime parler littérature, cinéma, musique, philosophie, éthique. Mais si l'on a rien de passionnant à dire, pas d'information importante à partager, ne peut-on pas juste se taire plutôt que se lancer dans des platitudes telles que la météo? Certains clients se sentent obligés de dire: "Toujours au travail?" Et bien oui... puisque je suis là! Pourquoi une question sans contenu, appelant une non-réponse? Je ne comprends pas.


Pour ces raisons, si je vois de loin une connaissance dans la rue, je vais parfois tout faire pour éviter cette personne. Non pas parce que je ne l'aime pas, mais parce que je n'ai tout simplement pas envie de "jouer le jeu social".  J'aime bien les gens, mais je n'aime pas la socialisation forcée.

Voilà un comportement bien asocial...

Et pourtant, j'aime mes amis et ma famille, et j'adore passer du temps avec eux (juste pas tous à la fois!).  

Pour terminer avec le sourire... La bise, ça me fait penser au sketch des Inconnus "Auteuil-Neully-Passy" et les bises accompagnées du "salut-tu-vas-bien":



vendredi 10 avril 2015

Le parcours du combattant

Comme je l'ai expliqué dans un précédent article, travailler dans une école pour enfants autistes m'a amené à m'interroger au sujet de mon autisme potentiel.

J'ai tout d'abord effectué un test sur internet. Le psychologue Simon Baron-Cohen et ses collègues au Cambridge's Autism Research Centre (centre de recherche sur l'autisme de Cambridge) ont créé le test de quotient autistique. 80% des personnes autistes obtiennent un résultat de 32 ou plus à ce test; j'ai obtenu 34. Toutefois, je savais que ce test à lui seul n'était pas déterminant.

Je me suis donc adressée à mon médecin. Je lui ai donné une lettre expliquant les raisons pour lesquelles je pensais être, peut-être, atteinte du syndrome d'Asperger. Ces raisons étaient, entre autres, celles listées dans mon précédent article. Il a donc fait passer ma requête à un centre de diagnostics psychiatriques.

Hélas, j'ai reçu un lettre brève et sèche dans laquelle on me faisait savoir que je ne "répondait pas aux critères d'un diagnostic". Ces personnes, sans même m'avoir rencontrée, avaient décidé qu'il ne valait pas la peine de me consacrer leur temps... J'étais effondrée, car j'avais besoin de réponses.

Je me suis alors tournée vers la directrice de mon école. Elle m'a informée qu'un autre membre du personnel avait le syndrome d'Asperger et que s'il était d'accord, il pourrait peut-être m'aiguiller. Effectivement, il m'a donné les coordonnées d'une psychiatre spécialiste de l'autisme dans ma ville.

Alors que je m'apprêtais à la contacter, j'ai reçu une lettre de mon médecin... m'informant que j'avais rendez-vous avec la psychiatre dont mon collègue m'avait donné les coordonnées!

L'entretien s'est très bien passé. Elle m'a posé des questions sur mon enfance, mes parents, ma scolarité, ma vie professionnelle et affective. Puis, elle a fait quelques expériences-jeux avec moi, entre autres, elle m'a donné un livre d'images sans texte en me demandant de raconter l'histoire.



Ses conclusions ont non seulement confirmé que j'avais le syndrome d'Asperger, mais aussi que je m'en sortais très bien malgré les difficultés qu'il peut engendrer. Entre autres, durant toute ma vie d'adulte, j'ai pu travailler et vivre de façon indépendante.

Elle m'a mise en contact avec un groupe de personnes ayant également reçu un diagnostic à l'âge adulte, qui sont devenus de très bons amis; et m'a recommandé la lecture d'un ouvrage traitant des femmes atteinte du syndrome d'Asperger: Asperger's and Girls. J'ai également lu l'excellent Aspergirls de Rudy Simone, qui a été traduit en français depuis. Ces ouvrages m'ont beaucoup aidé à mieux comprendre ce que je vivais.

Recevoir mon diagnostic a été un grand soulagement. Enfin, je comprenais "ce qui n'allait pas chez moi". Enfin, je savais pourquoi j'avais vécu ce que j'avais vécu, ressenti ce que j'avais ressenti. De plus, j'état désormais mieux équipée pour faire face aux défis et difficultés liés à mon syndrome.

Voilà pourquoi je recommande à toute personne qui s'interroge à ce sujet de chercher à en avoir le coeur net. En effet, si vous vous méprenez, cela vous empêchera d'être sur une fausse piste, et si vous avez effectivement un syndrome de type autiste, cela vous permettra de mieux le gérer au quotidien.