samedi 18 février 2017

Les demandeurs d'asile en Belgique



Je participe pour le moment à un cours en ligne sur les droits des réfugiés, mis en place par Amnesty International. Dans ce cadre, il m’a été demandé d’écrire au sujet de la situation des réfugiés dans mon pays. On pourrait en dire énormément de choses, bien entendu, donc mon intervention est loin d’être complète. Je la publie ici pour ceux que cela intéresse.

La Belgique accueille depuis longtemps des demandeurs d’asile ; toutefois, je n’en n’ai réellement pris conscience que lors de la « crise de l’accueil » de 2015. Les demandeurs d’asile arrivant en Belgique fuient des conflits armés ou des persécutions personnelles, par exemple dues à leur convictions politiques ou religieuses ou leur appartenance à un groupe social (à titre d’exemple, de nombreuses femmes arrivent dans notre pays afin de fuir les graves violences qui sont commises à leur encontre de façon systématique – mariages forcés, maltraitance, mutilations…). D’autres viennent à la recherche d’une vie meilleure, fuyant la misère chez eux, ce qui, malheureusement pour eux, ne leur donne pas droit à un statut de réfugié selon la Convention de Genève. Selon celle-ci, est considéré comme réfugié toute personne qui « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ».(Source : site des Nations Unies)



En Belgique, le statut de réfugié est accordé (ou non) par le Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides qui examine le dossier du demandeur d’asile. Cette procédure prend en théorie entre 6 mois et un an ; dans la pratique, je connais des personnes qui attendent une décision du CGRA depuis presque 2 ans. L’anxiété générée par l’attente s’ajoute donc au traumatisme vécu dans leur pays et au cours de leur voyage.

En attendant une décision, les demandeurs d’asile ont droit à l’accueil, généralement dans des centres sous la tutelle de Fedasil (Agence Fédérale pour l’Accueil des Demandeurs d’Asile). 


Fedasil a mandaté la Croix-Rouge de Belgique pour gérer certains de ces centres. Je travaille dans l’un d’entre eux.


Les centres sont des bâtiments permettant de loger de 100 à 500 personnes ou plus selon les endroits. Il peut s’agir d’anciens villages de vacances, de casernes militaires, ou, comme celui dans lequel je travaille, d’anciens hôpitaux désaffectés. Lors de leur arrivée, les demandeurs d’asile sont généralement soulagés d’avoir un toit et de la nourriture après leur périlleux voyage. Ils bénéficient également d’un suivi social pour leur procédure et d’un suivi médical.
Toutefois, les conditions dans les centres sont loin d’être idéales. Les personnes partagent des chambres de 4 à 6 personnes. Imaginez devoir vivre à 4, 5 ou 6 dans une seule pièce, de devoir partager une douche et des toilettes avec plus de 10 personnes pendant plus d’un an : telle est leur réalité. Ajoutez à cela l’isolement lorsque le centre se trouve en pleine campagne avec un accès limité aux transports en communs, et vous comprendrez que très vite, ils ont l’impression d’être dans des ghettos, voire des prisons (même s’ils ont bien sûr le droit d’aller et venir à leur guise et de quitter le centre s’ils le désirent).

Malgré tous nos efforts, il subsiste à mon sens une grande violence administrative envers les demandeurs d’asile, que ce soit au niveau de la procédure ou de l’accueil. L’entretien au CGRA, qui est déterminant pour accorder le statut de réfugié ou non, est ressenti comme un véritable interrogatoire policier (c’est d’ailleurs une de formations reçues par les personnes qui auditionnent les demandeurs d’asile). Dans les centres, les personnes reçoivent un numéro permettant de retrouver facilement leur dossier, et un badge correspondant à ce numéro. Ce badge leur est demandé à tout moment : lors des repas, lors de distribution de produits sanitaires, lors de l’inscription aux formations, etc.


D’après le site du CGRA, la Belgique a enregistré 18.710 demandes d’asile en 2016, soit deux fois moins qu’en 2015 (35.476 demandes). L’Afghanistan, la Syrie et l’Irak sont les 3 premiers pays d’origine des demandeurs d’asile en 2016. La Guinée et la Somalie complètent ce top 5. Certains politiciens présentent ces chiffres comme une réussite de leur politique d’asile ; toutefois, la raison de cette baisse est tout simplement la fermeture des frontières, en particulier en Grèce et en Turquie. Mon impression est un peu que pour les politiques, tant que les réfugiés ne rentrent pas sur notre territoire, le problème est réglé ; mais la réalité est que des milliers de personnes survivent et meurent dans des conditions humanitaires effroyables en Turquie et en Grèce. (Source : site du CGRA)

Réfugiés et migrants

Comme je l'ai dit dans mon dernier article, je suis pour le moment préoccupée par des sujets autres que l'autisme. On pourrait parler d'un intérêt obsessionnel, d'une passion autiste, j'imagine. Il s'agit de la thématique des réfugiés, qui me concerne de près puisque je travaille dans un centre pour demandeurs d'asile en Belgique.

Il me semble quelques clarifications s'imposent pour ce qui est du vocabulaire. Je vois trop souvent, dans les médias, les termes "(im)migrant" and "réfugié" utilisés de façon interchangeable. Pourtant, ils ne signifient pas la même chose.

Un migrant (ou immigré), c'est une personne qui, pour n'importe quelle raison, quitte son pays d'origine pour aller vivre dans un autre. Il le fait pour le travail, pour les études, pour découvrir une autre culture, par amour...La majorité des migrants en Europe sont issus d'un autre pays européen (par exemple, un citoyen italien peut venir en Belgique pour y vivre et y travailler). 

J'ai été une immigrée. En 2006, j'ai quitté la Belgique pour aller m'établir en Angleterre. Je l'ai fait parce que j'aime l'Angleterre, sa culture et la langue anglaise, et parce qu'à l'époque, mon petit ami était anglais. 

Cela vous surprend-il ? J'ai été une migrante.

Un réfugié, c'est un type de migrant particulier. C'est quelqu'un qui quitte son pays d'origine non pas parce qu'il le veut, mais parce qu'il s'y sent menacé. Il craint pour sa vie. Et donc, il fuit afin de trouver la sécurité, (comme un ami réfugié me l'a dit un jour).

Et un demandeur d'asile? C'est un terme légal. Lorsque'une personne fuit son pays, elle cherche refuge dans un autre, mais c'est au pays hôte de déterminer si oui ou non il accorde le statut officiel de réfugié à cette personne. Donc, elle doit introduire une demande d'asile. Un demandeur d'asile, c'est donc quelqu'un qui a introduit une demande aupèrs des autorités d'un pays afin de bénéficier de sa protection.

 Mon centre pour demandeurs d'asile, géré par la Croix-Rouge de Belgique, Sainte-Ode, Belgique

mardi 3 janvier 2017

La voix des humains

Depuis un petit moment, je n'ai plus mis ce blog à jour. Mon esprit est fort accaparé par des thématiques autres que l'autisme...
J'ai écrit des articles qui n'avaient pas de lien direct avec l'austime. Celui-ci sera de la même veine.
Dans la nuit du réveillon de Nouvel An, une attaque terroriste a fait 35 morts dans une boîte de nuit à Istanbul, dont un jeune homme belge. Son nom était Kerim Akyil, et il était d'origine turque.
Suite à son décès, des commentaires racistes et islamophobes ont commencé à apparaître sur la toile, des commentaires se réjouissant de sa mort et souhaitant la mort d'autres musulmans et d'autres personnes d'origine étrangère.

Je n'arrive pas à comprendre comment on peut à ce point manquer de l'empathie la plus élémentaire, comment on peut manquer à ce point d'humanité. Un père pleure son fils. Des gens comme vous et moi pleurent leur ami. Injurier ce jeune homme et se réjouir de sa mort, c'est honteux et indigne d'un être humain pourvu d'un coeur.

Moi, aujourd'hui, je rend hommage à ce jeune homme que je ne connaissais pas, décédé dans des circonstances tragiques.

Son nom était Kerim Akyil. C'était juste un jeune homme, un être humain. Comme beaucoup d'entre vous, il voulait simplement s'amuser le soir du réveillon. Il avait un père et une mère. Il avait des amis.

Son nom était Kerim Akyil. Il est mort, victime de la haine aveugle des hommes. S'il vous plaît, ne nourrissez pas cette haine. S'il vous plaît, honorez ce jeune homme plutôt que de vous réjouir.

Pour que la voix des êtres humains porte plus loin et plus fort que la voix des fascistes... dites son nom : Kerim Akyil. Et manifestez votre soutien à ses proches sur la toile, ne fût-ce que par un statut Facebook ou un tweet. #RIPKerimAkyil #RespectPourKerim
Merci.


lundi 19 septembre 2016

Toute la misère du monde, bis

Quand j'ai commencé ce blog, je voulais le consacrer à l'autisme. Mais il se passe des choses en Europe au sujet desquelles je ne peux pas me taire.

Ma grand-mère me parlait hier des déclarations de Nicolas Sarkozy au sujet des migrants. Elle exprimait un accord timide avec ses propos, alors qu'il y a plusieurs mois, elle disait comprendre les demandeurs d'asile qui fuient la Syrie et l'Irak : elle se souvient de sa propre terreur lors de la Deuxième Guerre Mondiale, et comment sa famille a fui la Belgique, réfugiés eux aussi ! Pour la première fois, je me suis mise en colère devant elle, alors que je l'adore et que nous sommes très proches.

Question, donc, à Nicolas Sarkozy à propos des demandeurs d'asile : "Est-ce que, vraiment, c'est insoutenable, 12 000 personnes sur 65 millions?"

Je passe outre son ton condescendant envers la journaliste... Il ose donner la réponse la plus populo, la plus exagérée et la plus ridicule à mon sens : "La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde". Parce que 12 000 personnes, c'est toute la misère du monde ? Bordel, il y a des MILLIARDS de gens qui souffrent par le monde, on ne nous a jamais demandé de TOUS les accueillir ! Il a encore le toupet de dire que ceux qui se voient refuser l'asile tombent dans l'illégalité (ce qui est souvent vrai, je l'admets) pour "profiter d'autres possibilités". Quelles possibilités, au juste ? Quand on est sans papiers, on a aucun accès à la protection sociale ou aux soins de santé (sauf les soins d'urgence... et encore !), aucun accès à un emploi déclaré, aucun espoir de bâtir une vie meilleure. Ils restent parce que chez eux, ils n'ont plus rien que la mort et les ruines, la menace et la souffrance.

"La France et l'Europe sont les continents, les pays les plus généreux". Laissez-moi rire ! L'accueil des demandeurs d'asile en France? Zéro pointé. Un exemple : une dame qui avait demandé l'asile en Belgique et avait accouché sur le territoire belge a été renvoyée en France car elle tombait sous le "Règlement Dublin". Sa terreur était de se retrouver à la rue avec son bébé. Nous avons tenté de la rassurer, car sûrement, la France ne laisserait pas à la rue une mère et son nouveau-né ? Apparemment, si. Nous avons appris par après qu'il n'y avait de place nulle part pour elle. Quelle générosité, en effet !

Les demandeurs d'asile, je les fréquente tous les jours. Ils ne sont pas ici pour profiter. Chez eux, ils exerçaient des professions libérales, vivaient dans de grandes villas, roulaient dans de belles voitures. Ils ont tout perdu, détruit par les bombes, et/ou vendu afin de fuir. Dans mon centre, ils vivent dans un ancien hôpital vétuste, partageant une chambre avec 3, 5, 7 autres personnes ; des cuisines et des douches avec 15 ou 20 personnes... Ils attendent 6 mois, 9 mois, un an ou plus une réponse du CGRA. Si leur demande d'asile est acceptée, il leur faudra trouver un logement et un emploi, en partant de zéro (alors que, je le répète, avant la guerre, chez eux, ils avaient tout). C'est profiter, ça ?



Je ne parle même pas du fait que le statut de réfugié, d'illimité, est devenu limité à 5 ans (donc, vous passez 5 ans à reconstruire votre vie, puis, potentiellement, paf ! on peut vous prier d'aller voir ailleurs).

Et ceux qui sont déboutés ? Nombreux sont ceux qui me disent : "Rentrer au pays, j'aimerais bien, si je pouvais, mais ce n'est pas possible. Si je rentre, je suis mort."

Dites-moi : que répondre à une dame qui a vu sa demande d'asile refusée, qui a tout vendu au pays pour payer les passeurs, dont la famille là-bas a soit été massacrée, soit a disparu... et qui vous dit : "Si ce n'était que moi, ce ne serait pas si grave.  Mais mes filles [7 et 13 ans], que vont-elles devenir ? Elles commencent leur deuxième année à l'école en Belgique, elle parlent bien français... que vont-elles devenir ?"



Vous pourriez la regarder dans les yeux et lui dire : "Désolé, Khadija*, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde !" ?
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 * Khadija est un nom d'emprunt, et les photos proviennent d'internet et non pas de mon centre, par respect et pour protéger la vie privée des personnes dont je m'occupe.

lundi 18 juillet 2016

A-t-on encore le droit d'être faible?

La ministre belge de la santé, madame Maggie De Block, semble en avoir assez des malades de longue durée, ces fainéants qui ne veulent pas travailler. Elle menace de sanctions les gens qui, selon elle, ne coopéreraient pas à leur réinsertion sur le marché de l'emploi. Pour évaluer si les malades coopérent ou non, elle propose de leur envoyer des médecins pour contrôler s'ils sont réellement incapables de travailler.
"Un service composé de cinq médecins est en train d'être mis en place. Il rencontrera 7.500 malades par an afin de déterminer s'ils sont réellement incapables de reprendre le travail ou si leur médecin a trop vite tendance à les laisser à la maison. "Certains médecins ont tendance à accorder trop facilement des certificats", constate Maggie De Block."

Parce que bien sûr, des médecins extérieurs seront bien meilleurs juges de la santé du patient que le médecin traitant qui connaît son patient ainsi que ses antécédents médicaux et psychologiques, ses vulnérabilités et ses besoins...

Dans les malades longue durée, qu'en est-il des personnes souffrant de fibromyalgie ou de dépression, ou encore de troubles neurologiques comme l'autisme? Des difficultés qui sont, par nature, très compliquées à démontrer, à prouver ; pourtant, elles sont bien réelles.

Le repos médical n'est pas une période de vacances. J'ai souffert de dépression pendant plusieurs années, et j'ai été mise en repos par mon médecin traitant pendant plusieurs mois. À d'autres occasions, j'ai dû prendre quelque jours de repos à cause du stress afin d'éviter le burn-out. Enfin, je souffre régulièrement de migraines qui m'empêchent de fonctionner. Rester à la maison ne m'amuse pas. Je préfère travailler ! Mais quand je suis mal, le repos est meilleur pour mon intégrité physique et psychique.

Hors service

Mon médecin traitant n'hésite jamais à me donner un certificat quand je vais mal parce qu'elle sait que je suis autiste, que je suis très fragile face au stress, et que je suis susceptible de dépression et de burn-out. Elle sait quand j'ai sérieusement besoin de lever le pied sous peine de m'effondrer complètement. Mais bien sûr, elle est sans doute tout bonnement trop indulgente avec moi, et je n'ai qu'à mordre sur ma chique quand je suis à bout, je suppose.

lundi 23 mai 2016

A fleur de peau : l'anxiété chez les autistes

Beaucoup de personnes autistes souffrent d'anxiété. Aujourd'hui, j'aimerais vous parler de ce qui peut provoquer cette anxiété, voire déclencher une véritable crise d'angoisse.

Lorsque je travaillais dans un supermarché, un de mes collègues aimait nous faire des blagues. Il les trouvait très drôles, mais pour moi, voici comment cela se passait.

Je commence mon travail. Je suis très occupée à mettre du pain frais en rayon, quand, tout à coup, un coup de klaxon brutal résonne dans mon dos.
 
Je fais un bond. Mon coeur se met à battre la chamade, la tête me tourne, mes mains sont moites. Les larmes me montent aux yeux en même temps qu'une rage dans la poitrine. Je me retourne et je vois mon collègue sur le chariot élévateur, hilare. Il se rend immédiatement compte que je suis en colère, et il me dit en haussant les épaules : "Rigole, c'était une blague!"

Une blague n'est pas drôle quand c'est aux dépends de quelqu'un. Il se trouve que les bruits forts et soudains provoquent beaucoup d'anxiété chez moi et affectent mon humeur pour le restant de la journée.


Cet exemple illustre l'une des causes d'anxiété chez les autistes :

1. Les difficultés sensorielles. Les autistes sont souvent extrêmement sensibles au bruit, à la lumière, aux stimuli visuels ou au toucher. Une connaissance atteinte, comme moi, du syndrome d'Asperger, porte constamment des lunettes de soleil et une casquette parce que la lumière du jour et celle des néons est trop violente pour lui. Un volume sonore élevé provoque en moi un véritable incomfort physique, parfois même de la douleur, et me met sur les nerfs pour longtemps. C'est aussi le cas si on me touche sans que je ne m'y attende : parfois, quelqu'un pose amicalement la main sur mon épaule et je sursaute. Assurez-vous toujours qu'une personne autiste est d'accord avant de la toucher ; d'ailleurs, cela ne devrait-il pas s'appliquer à tout le monde? Mon corps m'appartient. Moi seule peut décider qui peut le toucher, et quand. Les stimuli auditifs ou visuels peuvent aussi provoquer une véritable surcharge pour notre cerveau, qui ne parvient pas à les trier. L'anxiété ainsi déclenchée peur mener jusqu'à l'effondrement mental. Cette vidéo illustre bien la surcharge sensorielle ressentie par un autiste :

 

2. L'incertitude :  ne pas savoir ce qui se passe ou ce qui va arriver, ou ne pas savoir ce qu'on attend de nous. Vous savez sans doute que les autistes ont besoin de routines. Par contre, vous ne savez peut-être pas qu'il ne s'agit pas là d'une simple préférence. Quand il se passe quelque chose d'inattendu, nous sommes complètement perdus, incapables de réagir, et nous paniquons.

La plupart des règles et routines qui rythment notre quotidien changent en fonction des circonstances, mais pour les autistes, ces changements constituent une épreuve. Par exemple, imaginons que vous ayez interdit à votre enfant autiste d'entrer dans la buanderie, parce que vous ne voulez pas qu'il touche à la machine à laver ou à la poudre à lessiver.  Mais aujourd'hui, il a joué dehors et ses vêtements sont couverts de boue, alors vous l'emmenez directement dans la buanderie pour enlever ses vêtements. L'enfant ne comprendra pas pourquoi vous l'emmenez dans un lieu interdit. La crise émotionnelle ou le refus d'obtempérer n'est pas une désobéissance obstinée, un désir de vous mettre en colère ou un comportement "méchant". Plutôt, son comportement révèle une profonde angoisse face à une situation incompréhensible pour lui. Il faut soit vous en tenir à la règle ("On ne va pas dans la buanderie"), soit, si votre enfant est en mesure de comprendre vos explications, lui dire que dans ces circonstances et sous votre surveillance, il peut, aujourd'hui, entrer dans la pièce interdite. On utilise souvent des "scénarios sociaux" en images pour expliquer aux enfants autistes ce que l'on attend d'eux dans une situation donnée.

3. Les interactions sociales. Les autistes ont du mal à comprendre les signaux et les conventions sociales, voire le langage ; et ils ont des difficultés à communiquer de manière appropriée. Même si on nous a inculqué comment interagir convenablement avec les autres, cela reste un comportement appris et non pas inné. Cela demande un effort et une réflexion constante de notre part pour maintenir le bon comportement, et c'est épuisant. De plus, si nous rencontrons des gens que nous ne connaissons pas, l'incertitude augmente notre stress : nous ignorons comment cette personne va agir, comment elle va nous affecter, et comment nous somme censés réagir ! On nous impose parfois des normes sociales que nous trouvons pénibles. Par exemple, dans ma région, les gens se saluent en se faisant la bise. Refuser de le faire est mal vu : on est considéré comme impoli ou asocial. Cependant, laisser quelqu'un toucher mon visage n'est pas facile pour moi. J'ai besoin d'avoir confiance en cette personne. Je suis donc mal à l'aise quand je dois faire la bise à des gens que je ne connais pas bien. Je n'ose pas refuser pour ne pas être impolie, mais cela augmente mon stress.

Les personnes autistes éprouvent des difficultés face à des choses qui ne posent aucun problème à la plupart des gens. S'il vous plaît, rappelez-vous que la personne en face de vous est peut-être confrontée à une profonde angoisse, même dans une situation qui vous semble tout à fait ordinaire.